[Test] Red Dead Redemption 2 est-il vraiment révolutionnaire ?

Aussi surprenant que cela puisse sembler, Red Dead Redemption 2 appartient à une trilogie initiée par Red Dead Revolver, en 2004, puis par Red Dead Redemption, en 2010. Alors que l’intrigue du premier Red Dead Redemption plongeait le joueur dans la peau de John Marston, en 1911 ; le dernier opus en date (sorti en octobre 2018) nous permet d’interpréter Arthur Morgan, en 1899.

Arthur Morgan est le membre d’une bande de hors-la-loi qui part en cavale, après qu’un braquage ait mal tourné. Cette bande, menée par un certain Dutch van der Linde, fait au mieux pour survivre. Arthur finira toutefois par réaliser que la communauté est loin d’être aussi soudée qu’il l’imaginait, et qu’il devra lui-même parfois choisir entre sa loyauté envers Dutch, et ses propres principes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une épopée contemplative

L’histoire principale de Red Dead Redemption 2 n’a rien à envier aux grands westerns du cinéma, et d’ailleurs, elle ne cherche pas à cacher ses sources d’inspiration. La direction artistique et la musique tendent à rendre hommage aux grands films du genre, que l’on doit notamment à Sergio Leone. Je soupçonne aussi que Quentin Tarantino ait tout autant inspiré le script du jeu : les dialogues, bien souvent faussement anodins, sont légion. Somme toute, Red Dead Redemption 2 aspire à être une épopée à l’ambition ni plus ni moins cinématographique et il n’y parvient que trop bien. La psychologie et l’évolution des personnages sont particulièrement travaillées, au point de rendre l’univers si immersif qu’on peine à lâcher sa manette, lorsque l’épilogue est terminé.

Malgré ces qualités indéniables, Red Dead Redemption 2 n’est – à mon sens – pas le jeu parfait qui a été vendu par la plupart des critiques professionnelles de jeux vidéo. Force est de constater que, en dehors de quelques climax, l’histoire principale tire en longueur. La majorité des missions débute par une longue traversée en cheval, certes ponctuée de dialogues et de paysages remarquables. Si certains joueurs seront séduits par cet aspect purement réaliste et contemplatif du jeu, je gage que beaucoup finiront par ni plus ni moins s’ennuyer.

RDR2
La bande de Dutch van der Linde est prête à en découdre

Entre réalisme et rigorisme

L’autre paradoxe frappant, c’est la tendance qu’a Rockstar à diriger le joueur, plus que de raison. Réussir une quête consiste à suivre, à la lettre, les différentes consignes données par le jeu. Celui-ci ira jusqu’à vous ordonner de monter sur votre cheval, ou de vous cacher derrière telle caisse et pas une autre. Et je n’exagère même pas ! Cette rigidité du gameplay est d’autant plus étonnante qu’elle est en parfait contraste avec la liberté offerte par le vaste monde ouvert.

Ce rigorisme et cette inflexibilité sont aussi entraînées par le parti pris de proposer une expérience aussi réaliste que possible. A quel point un jeu peut-il se permettre d’être réaliste, sans nuire à son aspect ludique ? Ceci est un vaste débat, dans lequel je peinerais à prendre parti. Personnellement, j’adore lorsqu’un jeu est suffisamment réaliste au point de simuler certaines situations du quotidien. Toutefois, un surdosage peut devenir lassant. Faire avancer Arthur est laborieux, lorsqu’il se trouve dans un endroit où il ne peut pas courir, comme le campement. Et n’oublions pas la multitude d’actions et d’animations qui peuvent tout autant décourager les joueurs les moins patients. Pour courir ou faire galoper le cheval, il faut littéralement passer son temps à marteler la touche croix, plutôt que de simplement accentuer la pression sur le joystick. Lorsque Arthur fouille un tiroir, il doit d’abord l’ouvrir, puis regarder ce qu’il y a dedans, avant de choisir quoi dérober. Un autre aspect du réalisme qui peut se révéler troublant concerne les phases de chasse. Personnellement, j’ai été assez troublée la première fois que j’ai chassé une biche, qui s’est mise à agoniser car elle n’est pas morte sur le coup. L’animation du dépeçage est tout aussi crue !

A mes yeux, Red Dead Redemption 2 est sans nul doute un jeu révolutionnaire. Le réalisme, la liberté d’action, sans oublier la beauté des graphismes et de la direction artistique, poussent au respect. Toutefois, comme tout jeu qui a l’ambition de proposer autre chose, il mérite bien des ajustements, qui n’en font pas un jeu si parfait que cela.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un monde ouvert on ne peut plus vivant

Finalement, les moments que j’ai le plus appréciés sont l’exploration et les quêtes secondaires voire aléatoires. Je me dois sans doute de préciser que je suis une grande amatrice de RPG, mais nettement moins des phases de gunfight. A mes yeux, la grandeur d’une map n’est pas gage de qualité, bien que ça soit devenu un argument de vente. La carte en question se doit d’être remplie et vivante. On peut considérer que celle de Red Dead Redemption 2 pousse au respect. Il est extrêmement jouissif de se promener dans cette région si proche de la Louisiane, et de ne jamais savoir à quoi s’attendre. Arthur va-t-il être attaqué par des chasseurs de prime ou par une bande de malfrats ? La pèche et la chasse vont-elles porter leurs fruits ? Arthur a-t-il bien raison d’aider cette personne, sur le bord de la route, ou est-ce un piège ? A-t-il gagné assez d’honneur pour porter cette tenue de gentleman qui lui faisait de l’œil, dans la boutique de Saint-Denis ? Le cheval est-il convenablement nourri et reposé ? Et je ne compte même pas parler en détails de la foule d’activités et de défis à accomplir, ou même des innombrables mystères qui jonchent la carte.

A mes yeux, Red Dead Redemption 2 est loin d’être un jeu parfait, ou même accessible à tout le monde. Il est extrêmement chronophage, et il faut s’armer de patience pour venir à bout des différents partis pris de Rockstar. Au reste, je serais de mauvaise foi si je niais la révolution qu’il pourrait amener dans le monde vidéoludique. Son monde ouvert possède des qualités purement jouissives.

Supports : X-Box One et Play Station 4

Prix : A partir de 44,99 €

Les plus :

Le jeu est un magnifique hommage aux grands westerns.

La liberté proposée par le monde ouvert est jouissive et révolutionnaire.

Les graphismes et la direction artistique sont magnifiques.

Les moins :

Le rythme de la quête principale notamment, est très lent et contemplatif.

Les missions sont très directives. Le réalisme rend parfois le jeu plus rigide que de raison.

Publicités

12 commentaires sur “[Test] Red Dead Redemption 2 est-il vraiment révolutionnaire ?

Ajouter un commentaire

  1. Ce que tu m’en as montré est quand même magique et magnifique au niveau des décors, de l’atmosphère et de la météo, même si en même temps j’ai eu le droit de voir la lenteur et l’aspect réaliste du jeu (je tuerais les chevaux à la suite avec des mauvaises chutes là-dedans !) Mais il est clairement superbe, même si c’est dommage qu’il soit à la fois presque trop libre, et trop rigide d’un côté. Peut-être était-ce aussi une idée pour brider ceux qui auraient eu tendance à trop s’éparpiller dans les quêtes secondaires… Bref, il a ses défauts. Mais il a l’air quand même fabuleux, et ta critique résume aussi cet émerveillement face aux personnages, aux paysages, à l’atmosphère et la liberté laissée sur la carte sans pour autant que ce soit vide. Et le côté événements aléatoires est drôlement chouette.

    Aimé par 1 personne

  2. Je te rejoins assez largement. Malgré sa beauté et son intention, celle d’un jeu relativement paisible et mélancolique dans un monde qui évolue, la proposition de Rockstar en termes de gameplay ne cadre pas vraiment avec son intention. Le dirigisme des missions, ses multiples rebondissements devenant presque un gag (« un dernier coup et on arrête !! ») et son rythme un peu cassé m’ont laissé un sentiment amère après avoir terminé le jeu. Et c’est une véritable déception, car la beauté de son monde, son ambiance géniale et ses quelques séquences jouissives qui rappellent les meilleurs western méritaient bien mieux qu’un gameplay d’un autre âge et une trop grande facilité dans l’écriture.

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, nous avons le même ressenti. Au bout d’un moment, ils ne savent plus quoi inventer pour lancer de nouveaux rebondissements. La confiture a été un peu trop étalée sur la tartine, en tout cas^^ Vu ses qualités, ça aurait pu être un coup de cœur. C’est typiquement le genre de jeu qui me rend addict, d’habitude ! Mais il m’arrivait de m’ennuyer.

      Aimé par 1 personne

  3. Je n’aime pas être trop pris dans la main dans un jeu vidéo… Les missions scriptées, trop dirigées non merci… Mais bon je boycotte ce jeu et tous les futurs Rockstar pour une toute autre raison. Je ne supporte pas l’esclavagisme des temps modernes, quelles que soient ses formes, et ce studio est gangréné jusqu’à l’os… Au-delà de tout ça félicitations pour ton analyse qui me semble comme toujours très juste ! Du coup changement de blog ? Pourquoi n’as-tu pas fait migrer des précédents articles ? Bon week-end !

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, j’avais entendu parler de la conception de Red Dead 2… Mais visiblement, ça a l’air de se passer ainsi dans beaucoup de studios. Je lis un tome sur la conception de la saga Kingdom Hearts, et vraiment l’équipe accumulait les heures sup. Même si elle ne s’en plaignait pas, cela se passant au Japon, et cette équipe étant, pour le coup, vraiment passionnée par ce qu’elle faisait. Mais mon intention n’est bien entendu pas de te contredire, loin de là. En tout cas, merci pour ton commentaire ! Oui, nouveau départ, pour moi, et j’en recyclerai si besoin ! 🙂

      J'aime

  4. Ah RDR2… ce jeu a beaucoup fait parler de lui ! C’est vraiment cool de lire une critique plus « objective » que tous les retours démesurés qu’on a pu entendre sur les réseaux sociaux. Ce que tu relèves m’était déjà familier de par la vidéo de Sheshounet sur le jeu, mais tu le formules tellement bien et surtout, de façon concise ! L’inverse du jeu à priori du coup 😛 La question ne se pose pas vraiment pour moi puisque je n’ai ni la PS4 ni la XBox One, mais avec tous ces « défauts » que tu relèves, j’en viens à croire que je me lasserai vite de ce « réalisme » poussé à l’extrême. Il ne faut pas perdre de vue que le but est de jouer, il y a un équilibre à trouver.

    Aimé par 1 personne

    1. Hey ! Bienvenue sur ce nouveau blog ! Effectivement, difficile de trouver des propos modérés sur les réseaux de nos jours, entre les admirateurs et les haineux^^ Merci pour les compliments. D’ailleurs, je suis aussi Sheshounet, décidément ! Oh oui, je ne regrette pas cette aventure magnifique, mais c’était trop peu rythmé pour moi. J’ai vendu le jeu sans regret, après l’avoir terminé^^

      Aimé par 1 personne

  5. Ta critique illustre parfaitement ce que je pense de ce Red Dead Redemption 2 sans même l’avoir fait. Les interminables séquences de balades à cheval où les personnages racontent leur vie sont un vrai fléau pour moi, même si j’ai conscience que ça permet de donner une profondeur inégalable à l’univers du jeu et à ses personnages. J’aime la narration, mais Rockstar a tendance à en faire trop et, finalement, à parler beaucoup pour ne rien dire de capital. Comme tu le dis, on s’ennuie très vite. Le fait que l’on soit constamment pris par la main et qu’on se fasse taper sur les doigts si on a le malheur de dévier d’un iota de ce que Rockstar avait prévu est également de plus en plus rédhibitoire pour moi, d’autant que c’est souvent complètement inutile. Comme tu le dis, quel est l’intérêt de nous forcer à nous cacher à tel endroit et pas à un autre ? C’est nous qui jouons ou c’est Rockstar, et nous on en est les marionnettes ?

    Bref, tu poses la question : « A quel point un jeu peut-il se permettre d’être réaliste, sans nuire à son aspect ludique ? » Pour moi, RDR2 y répond en prouvant qu’à vouloir être trop réaliste, l’aspect ludique disparaît totalement pour ne laisser place qu’à de la frustration et de l’ennui. À confirmer éventuellement un jour si j’ai l’occasion de faire le jeu.

    J'aime

    1. Effectivement, on se met un peu en mode automatique pendant les missions. C’est d’autant plus marquant pour moi qui venait de finir Zelda, Breath of the wild, qui assumait la liberté qu’il nous laissait, jusqu’au bout. Chaque énigme pouvait être résolue de manières différentes. Mais ce qui m’a le plus gêné dans Red Dead, c’est l’absence (ou presque) de voyages rapides. Ca aurait sans doute rendu le jeu moins immersif, mais plus digeste ! Oui, Red Dead est probablement allé trop loin, niveau réalisme et rigidité, pour autant, je suis sûre que ses héritiers (pas forcément produits par Rockstar) pourront être intéressants. Car le monde ouvert donnait l’impression d’exister !

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

Créer un nouveau site sur WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :